Lettre ouverte : nous ne voulons pas de pseudo-remerciements.

Réponse au courriel de la Directrice Académique
lundi 30 mars 2020
par  christinec
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Le 26 mars au soir, suite à la "gaffe" de la porte-parole du gouvernement sur les enseignant-es qui ne travailleraient pas, la DASEN de Vendée a passé la brosse à reluire à l’ensemble des enseignant-es de Vendée... Son mail est reproduit en bas de l’article. SUD Education lui répond.

Madame la Directrice Académique,

Votre message nous parvient, par un étrange hasard, après que la porte-parole du gouvernement a prononcé sur un grand média la phrase : « Nous n’entendons pas demander à un enseignant qui aujourd’hui ne travaille pas, compte tenu de la fermeture des écoles, de traverser la France entière pour aller récolter des fraises gariguette ». Elle évoquait, sans le dire, le modèle agricole productiviste à bout de souffle qui ne peut fonctionner qu’en important de la main d’oeuvre sous-payée. Elle voulait sans doute rassurer la France conservatrice sur le fait que chacun-e resterait à sa place : les intellectuel-les d’un côté, les manuel-les de l’autre. C’est déjà choquant en soi. Mais surtout, en cette période, les enseignant-es travaillent, et pour beaucoup, dans la douleur ! Il s’agit à présent de rattraper la bourde. D’ailleurs, le ministre lui-même y est allé de sa vidéo…

Or, sans parler de la défiance des citoyen-nes que nous sommes face à un gouvernement aussi méprisant qu’ irresponsable, il en faudra plus, beaucoup plus, pour que l’ensemble de la chaîne hiérarchique retrouve la confiance des personnels de l’éducation.
Vous écrivez : L’attention particulière que vous portez pour que la fracture numérique ne s’amplifie pas et ne laisse aucun élève sur le bord du chemin est tout à votre honneur.
Vous évoquez la fracture sociale et/ou numérique comme si par magie, en pleine crise, nous allions solutionner un problème qui résulte en réalité de choix politiques anciens et assumés. Alors qu’il nous aura malheureusement fallu une crise sanitaire d’une ampleur inédite pour faire éclater au grand jour l’état de la santé et des hôpitaux en France, l’éducation nationale pourtant elle aussi déliquescente échapperait à son mea culpa ? Non, elle ne peut faire l’économie de sa remise en question.

Notre vision du service public fait qu’il nous semble normal d’accompagner et de soutenir nos camarades de la fonction publique hospitalière, et les soignant-es en général, qui doivent se sacrifier dans la gestion de cette pandémie. Ces personnels subissent de plein fouet l’irresponsabilité de décisionnaires détruisant l’hôpital public, refusant d’allouer des moyens humains et financiers depuis des dizaines d’années, et présentement dans l’incapacité de fournir du matériel de protection et des tests en nombre suffisants.

Notre rôle premier reste celui de ne pas abandonner nos élèves en utilisant, contraint-es et forcé-es, les outils numériques. Cependant, vous savez parfaitement que, contrairement à ce que vous écrivez, des élèves seront laissé-es au bord du chemin. Mais pas par nous, enseignant-es. En effet, ces élèves sont laissé-es pour compte depuis longtemps au sein de classes surchargées, sans moyen supplémentaire, sans aide à domicile, par les institutions et leurs comptables. Nous sommes démuni-es, aujourd’hui encore plus qu’hier, pour aider ces jeunes que l’État a abandonné-es. Ces remerciements-là, particulièrement hypocrites, font sourdre en nous une grande colère. Nous préférions encore votre silence.

Car on vous a peu entendue, depuis que les écoles ont « fermé ». Des dizaines d’ordres et contre-ordres pleuvant depuis deux semaines, certains aboutissant à la mise en danger de personnels, certains illégaux, ont été transmis aux écoles par les IEN de manière fort diverse, ajoutant à la cacophonie ministérielle l’incompréhension d’une circonscription vendéenne à l’autre. Nous attendions des circulaires régulières, vous engageant clairement sur les points cruciaux et permettant une mise en œuvre harmonisée et surtout sécurisée dans tout le département. Cela n’a pas été le cas.

L’absence de réponse à nos inquiétudes au sujet des protections individuelles, inexistantes ou quasi - inexistantes, dans l’exercice du service d’accueil, est un autre point choquant de votre courriel. Si nous sommes bien conscient-e-s que les personnels hospitaliers constituent une priorité, il n’est tout simplement pas acceptable que notre protection – comme celle de millions de travailleurs et travailleuses d’autres secteurs – reste à ce point impensée. Sur le territoire français, en Vendée peut-être, tous les jours, des enseignant-es volontaires risquent de mourir, mourront peut-être, par la négligence de leur employeur, c’est-à-dire vous. Y pensez-vous, tous les soirs à 20 heures ?... Sans compter les personnels non-enseignant-es, pour qui vous n’avez pas un mot !

Enfin, soyons clair-es : non, notre enseignement n’est pas essentiellement basé sur du présentiel comme vous l’écrivez. La "continuité pédagogique" n’existe pas en dehors des lieux de scolarisation. Apprendre se fait dans la présence et dans l’échange direct. Et c’est dans le service public, loin du monde marchand et de ses dérives, que peut le mieux s’épanouir la relation d’apprentissage. Dans ces moments-là, la notion de service public d’éducation prend tout son sens, écrivez-vous. Ainsi, il vous a fallu une pandémie pour saisir le sens du service public ! Non, Madame la Directrice Académique, vous ne comprenez pas : le service public a tout son sens, tout le temps, à tout moment. Si nos dirigeant-es l’avaient compris, nous n’en serions pas là.

De combien de morts l’État sera-t-il responsable ?…Nous ne voulons pas de pseudo-remerciements. Face à la pandémie aujourd’hui, et pour éviter d’autres catastrophes demain, nous exigeons que les autorités, à tous les niveaux, se montrent enfin responsables. Pour que l’école, l’hôpital, la justice... ne laissent plus personne au bord du chemin, ni en période de crise ni jamais.

Les co secrétaires de SUD Education Vendée

Le message envoyé par la DASEN :

Mesdames les enseignantes et Messieurs les enseignants,

En ce contexte de pandémie inédit et en cette fin de deuxième semaine de "confinement",
je tenais à vous remercier tout particulièrement pour votre engagement et votre investissement.

Je sais que pour répondre à la priorité de continuité pédagogique,
vous avez été confrontés à des difficultés de tous ordres et
que vous avez tout mis en œuvre pour les résoudre.

Face à ces nouvelles modalités de fonctionnement,
il a fallu repenser une organisation du travail à distance,
alors que notre enseignement est essentiellement basé sur du présentiel.

Vous vous êtes mobilisés et vous avez repensé vos cours pour les rendre accessibles
par le canal informatique, pour l’ensemble des élèves,
y compris et surtout pour les élèves les plus fragiles scolairement.

Vous avez su trouver des solutions pragmatiques, de bon sens,
sans remettre en cause la continuité du service public que nous devons à chaque famille,
à chaque enfant.

L’attention particulière que vous portez pour que la fracture numérique ne s’amplifie pas
et ne laisse aucun élève sur le bord du chemin est tout à votre honneur.
Je sais combien cela peut-être complexe, mais je sais aussi pouvoir compter
sur l’engagement de chacun d‘entre vous, dans cette période où garder un lien est essentiel.

Dans ces moments-là, la notion de service public d’éducation prend tout son sens.

Votre engagement est à la hauteur des enjeux de santé publique
et vous contribuez largement, dans votre champ de compétence,
à la gestion de cette crise. A 20 heures au balcon, je pense aussi à chacun d’entre vous.

Pour tout cela, encore un grand merci.


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