Redoublements : les élèves en difficulté font encore les frais des politiques d’austérité

Passer plus de temps à apprendre, ça coûte trop cher... Mais à la place, rien n’est prévu pour aider les enseignant-es à contrer l’échec scolaire.
mercredi 25 mars 2015
par  christinec
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Après de nombreuses tentatives pour obtenir un-e interlocuteur/trice à la Direction Académique sur le sujet des maintiens, nous avons interpellé Mme Bazzo, Directrice Académique, et M. Robichon, IEN adjoint auprès de la DASEN, en marge d’une réunion, mardi 24 mars.

Mme Bazzo reconnaît implicitement que la disposition concernant l’avis de l’IEN avant tout redoublement n’entre en vigueur qu’à la rentrée de septembre 2015. A notre remarque sur le fait que sa circulaire du 02/02 en fait état comme étant déjà en vigueur, elle répond "en quoi est-ce un problème que les IEN soient informé-es des demandes de redoublements ?" Ce qui nous paraît à côté du sujet... Nous lui disons que les IEN n’ont pour l’instant pas à imposer la mise en place de cette procédure. Nous insistons pour que les écoles en soient informées, ce à quoi elle nous répond : "eh bien, dites-le leur" !
M. Robichon, quant à lui, tente une lecture alambiquée du décret : les élèves maintenu-es à la rentrée 2015 devraient l’avoir été selon les modalités prévus dans l’article 3 du décret, qui n’entrera en vigueur qu’en septembre ! Cette façon de lire le texte de loi, bien que pittoresque, ne nous convainc pas. Il met alors en avant l’intérêt des élèves...

Parlons-en, en effet. Sur le fond, pourquoi, à SUD éducation, nous battons-nous ?

1 - Par principe, nous ne laisserons pas l’administration jouer avec les textes pour donner le plus vite possible ce nouveau pouvoir aux IEN, qui "pilotent" déjà à tout va.

2 - Une année de gagnée sur le plan des tracasseries administratives, c’est déjà ça ! Geva-sco, Affelnet, merci pour le choc de simplification : le dossier de maintien à fournir en plus à l’IEN, si on peut s’en passer...

3 - Si le ministère donne une année scolaire aux DASEN pour organiser dans leurs départements l’entrée en vigueur des nouvelles modalités de maintien, c’est peut-être qu’elles méritent d’être réfléchies ! Encore une fois, on met en place une nouveauté dans la précipitation et de façon hétérogène sur le département. En effet, certain-es IEN n’ont pas communiqué sur le sujet (donc pas de mise en place cette année a priori), l’un d’eux demande un dossier qu’il examinera, un autre décide de donner un avis collégial en commission... Mais qui pilote les pilotes ?! Ont-ils un code de la route ?

4 - Enfin, nous dénonçons évidemment le texte ministériel lui-même, qui ne donne encore une fois aucun moyen, à part de grands mots et une nouvelle dose de culpabilisation en perspective pour les collègues... Car en lieu et place des redoublements, qui étaient tout simplement, dans bien des cas, la meilleure solution en l’état actuel des choses - classes multi-niveaux surchargées, élèves ingérables en milieu scolaire... - on nous demande d’accompagner, d’individualiser, encore plus, toujours plus ! A moyens constants, avec des RASED toujours très insuffisants en nombre...

Il fut un temps où l’on mettait, officiellement, l’élève au centre du système éducatif. Certes l’expression fait débat, et ce n’était pas l’âge d’or. Mais au moins le maintien était-il envisagé comme une prise en compte des rythmes de chacun-e. En offrant un an supplémentaire à un-e élève qui en a besoin, on le/la respecte ! Aujourd’hui, on nous reproche de mettre nos élèves "en retard". Dès l’enfance ils/elles doivent être rentables ! Cette question des maintiens est d’une hypocrisie totale... On voit bien ce que les décideurs/euses font de l’intérêt de l’élève : sortie des écoles des zones prioritaires, sureffectifs persistants malgré les promesses, mépris envers les élèves orienté-es mais sans place, inégalité dans la mise en oeuvre des rythmes...

Alors les maintiens ? Derrière les discours, il ne s’agit que d’une variable d’ajustement budgétaire. Un-e élève qui reste un an de plus coûte trop cher. C’est sans doute pour habituer nos chères têtes blondes à ce qui les attend dans le monde du travail...

Pour cette année, nous invitons les écoles qui le souhaitent à faire comme les années précédentes. L’article n’est pas en vigueur ! Suivez simplement le calendrier de notification des passages. En cas de problème avec l’IEN, contactez SUD éducation.

Par la suite, SUD éducation se battra pour faire respecter la lettre du texte ministériel : l’IEN donne un avis, il ne prend pas une décision, qui reste du domaine du conseil des maîtres ; si l’accord de la famille est déjà acquis, on imagine mal comment le projet pourrait être remis en cause !


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