Déclaration au CTSD du 25/10/12
« Une dynamique renforcée pour la réussite de tous les élèves de Vendée » : voici comment débute la conférence de presse de monsieur le Directeur Académique de Vendée, le vendredi 7 septembre 2012.
A Sud éducation Vendée, nous traduirions volontiers ce titre optimiste par le début de la célèbre chanson : Tout va très bien, madame la Marquise !
En effet, que demander de plus ? Dans les écoles, onze postes sont venus providentiellement compenser la saignée des dernières années ! C’est l’objet d’un sous-titre intitulé : « un encadrement renforcé au bénéfice d’un nombre d’élèves en hausse ». Les nombreux collègues qui tentent d’enseigner dans des classes toujours aussi surchargées ont certainement apprécié la formule.
- Ecoles victimes de fermeture, en raison des seuils de fermeture draconiens et sans nuance ;
- Ecoles se voyant refuser l’ouverture, pour les mêmes raisons !
- Ecoles accueillant de nombreux élèves de 2 ans non comptabilisés ;
- Ecoles supportant des conditions spécifiques non prises en comptes par les seuils, tels le nombre d’enfants avec AVSI ou, plus difficile encore, en attente d’AVSI, voire sans reconnaissance de handicap...
La fatigue et la détresse continuent de croître chez de nombreux collègues, à commencer par ceux qui entrent dans le métier. Car nous ne pouvons pas écrire : ceux qui sortent de formation, étant donné que la formation se fait aujourd’hui sur le tas, par d’incessantes visites de conseillers pédagogiques et maîtres formateurs, visites qui sont trop souvent une source de tension supplémentaire. Ce va-et-vient permanent dans les classes des stagiaires et des T1 les décrédibilisent également auprès des parents, qui sont bien obligés de se rendre à l’évidence : la formation ne s’est pas faite en amont. La question se pose alors à eux de façon légitime : l’enseignant de leur enfant est-il compétent pour enseigner ?...
Mais tout va très bien, madame la Marquise : les enseignants sont compétents. C’est ce qui a été répondu à des parents d’élèves qui, suite à une fermeture de classe, demandaient comment les objectifs de l’école maternelle pourraient être tenus dans des classes multi niveau à plus de 30 élèves.
Rappelons les textes : « l’objectif essentiel de l’école maternelle est l’acquisition d’un langage riche, organisé et compréhensible par l’autre. » Et encore : l’école maternelle « laisse à chaque enfant le temps de s’accoutumer, d’observer, d’imiter, d’exécuter, de chercher, d’essayer, en évitant que son intérêt ne s’étiole ou qu’il ne se fatigue. »
Avec deux adultes au mieux par classe maternelle, cette attention de chaque instant portée à chaque enfant est évidemment impossible, et ce bien avant d’arriver à 30 élèves. Mais, répétons-le, madame la Marquise, tout va très bien, car les enseignants sont com-pé-tents ! Et vive la méthode Coué.
Dans le second degré, même son de cloche : la réforme des lycées, mise en place par le gouvernement précédent, se poursuit avec l’actuel. L’usine à gaz a pourtant des ratés : emplois du temps relevant de la quadrature du cercle, matières sacrifiées sur l’autel d’un accompagnement personnalisé impossible à mener à bien, professeurs non remplacés pendant des semaines, la fatigue professionnelle est en augmentation.
Mais comme la visite médicale, obligatoire depuis 30 ans maintenant, est toujours refusée aux enseignants qui en font la demande, cette fatigue professionnelle, même lorsqu’elle mène à des situations pathologiques, n’existe pas officiellement.
Le non-recrutement de médecins du travail, en plus d’entraîner des économies, permet de cacher la misère...
Cependant, tout va très bien, madame la Marquise : grâce à e-lyco, on « renforce la personnalisation des parcours d’apprentissage ». Traduction de Sud Education : la classe pourra bientôt se faire via Internet, et on pourra enfin se passer des professeurs, qui coûtent cher et ne font que râler. Le rapport humain est pourtant indispensable à la transmission du savoir, mais peu importe, place à la machine : elle, au moins ne revendique pas ! Le tout-numérique permet également un contrôle permanent, une « traçabilité » liberticide, à la fois pour les personnels et pour les usagers.
Gageons que, grâce à nos contributions à tous, suite à la longue et riche période de concertation que les enseignants ont pleinement vécue en ce début d’année scolaire, tous ces éléments qui rendent difficile et anxiogène notre métier, feront bientôt partie du passé ! Hélas, la présentation « des intentions » faite par le ministère le 16 et 17 octobre aux organisations syndicales confirme nos impressions : les politiques éducatives menées depuis des années ont été largement confirmées par notre ministre !
La refondation est en marche, tout va très bien.
